Écho N° 106 – mars 2019

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Encore 40 jours …

        C’est le mystérieux Jonas qui parle ainsi à l’adresse de la grande ville de Ninive*, symbole de l’orgueil des hommes et des civilisations assoiffés de pouvoir et de richesses. 40 jours, c’est le chiffre lui aussi symbolique de l’urgence du changement radical susceptible d’éviter le pire.

        40 jours, c’est la traduction du mot carême, ce temps dans lequel les chrétiens vont entrer le mercredi des Cendres. Retentira de façon plus pressante l’appel à la conversion, qui ne saurait se limiter à quelques privations alimentaires ou à quelques dévotions particulières. Nos sociétés modernes traversent des moments cruciaux, avec l’exaspération des laissés-pour-compte de nos politiques économiques, avec la mise en cause des valeurs qui ont construit nos démocraties et inspiré les chartes des droits humains. La multiplication récente d’actes contre les grandes religions (juive, chrétienne et musulmane) manifeste un déni de liberté de conscience et peut conduire aux drames qu’a connus le siècle précédent.

        Il est encore temps de manifester notre volonté de bâtir un monde plus fraternel, à condition que tous, et les chrétiens en premier, ne cèdent pas à la tentation de la violence, de l’individualisme exacerbé et de la surconsommation destructrice des rapports humains et de la nature. Pour cela le carême ne se limite pas à 40 jours, mais son esprit doit irriguer constamment notre agir. Au terme de ces 40 jours, nous sera rappelée la victoire du don de soi et du pardon, à travers la personne de Jésus mort par amour et ressuscité. Ce n’est pas un combat sans issue. Loin des clichés de tristesse et de résignation et forts de cette espérance, nous abordons ce temps avec une joie réelle et communicative.

André Jobard

* « Encore 40 jours et Ninive sera détruite » (Jonas, 3,4)