
7e dimanche du Temps ordinaire
Aimer comme Dieu aime !
Chers frères et sœurs, chers amis,
Je suis content de vous retrouver après plusieurs semaines d’absence ici à la Visitation. Non je n’étais pas en vacances. Plusieurs parmi vous le savent, j’ai remplacé pendant ces six derniers weekends dans les paroisses de Pontailler et Mirebeau. J’ai pu partager avec les beaux paroissiens que j’ai rencontrés dans ces paroisses, la joie de vivre et de célébrer des paroissiens de la Visitation. Vous avez tout à fait le droit de contester cela, si vous n’êtes pas en joie.
Vous avez tout à fait le droit aussi de contester les paroles de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, parce qu’elles paraissent mystérieuses ou d’un idéalisme spirituel inaccessible. Comment peut-on tendre l’autre joue si l’on vient de recevoir une bonne gifle qui fait siffler les oreilles. Comment peut-on offrir sa veste à celui qui vient de voler votre sac à main ou votre téléphone (à défaut d’une tunique, on a tous un téléphone maintenant !). Ou plus radicalement, comment aimer l’ennemi qui ne vous aime pas et que vous n’appréciez pas non plus.
Les paroles de Jésus nous mettent un peu les pieds dans les plats. Elles viennent bousculer nos règles de bonne conduite qui nous permettent de vivre les uns à côté des autres sans trop se marcher dessus. Dans nos sociétés, des lois existent pour régler nos rapports. On n’a le droit de faire ceci, on n’a pas le droit de faire cela et ça suffit pour être tranquille. Mais le droit ne peut être une référence absolue. Déjà doit-il s’inspirer de valeurs qui nous relient à une transcendance, qui nous permettent de nous transcender ; or nous savons que ce n’est plus beaucoup le cas. Pour nous chrétiens, respecter le droit, celui qui est juste et est inspiré de vraies valeurs, est une chose essentielle, mais malheureusement cela ne suffit pas. Nous ne sommes pas des disciples du droit ; nous sommes des disciples de Jésus. Suivre Jésus requiert de nous un chemin plus élevé dont Jésus lui-même montre la logique. Remarquez cette petite précision au début de l’évangile : « Jésus déclarait à ses disciples : je vous le dis à vous qui m’écoutez ! » Ces paroles sont pour ceux et celles qui acceptent d’être disciples de Jésus et qui désirent l’écouter. En revanche, si vous allez dire « aimez vos ennemis sur un plateau de télé, on vous répondra tout de suite, « en quoi suis-je obligé de le faire ?». Et nous pouvons être tentés nous-mêmes de demander à Jésus, en quoi sommes-nous obligés d’aimer nos ennemis. Je pense qu’il nous répondrait, avec cette autre phrase de l’évangile ; parce que vous avez un père dans le ciel qui est plein de miséricorde, et vous avez à être miséricordieux comme votre père céleste est miséricordieux. Si l’on n’est pas obligé de ressembler à son père terrestre – parce qu’il est imparfait, il faut reconnaître que le Père céleste nous a faits à son image et à sa ressemblance, et notre accomplissement se trouve dans notre ressemblance et dans notre communion avec lui.
En outre, nous pouvons tenir deux choses de cet enseignement : la première est que la miséricorde, le pardon n’est pas la marque des faibles. Dieu lui-même est tout puissant parce qu’il est miséricordieux. Le pardon que nous pouvons donner ou demander aux autres nous rend forts et édifie en nous l’être intérieur qui doit s’accomplir progressivement en ce Dieu qui est tout amour et plein de miséricorde. Dans la première lecture, David nous laisse le témoignage de la vraie force qui consiste à ne pas prendre sa revanche sur celui qui nous en veut et à lui pardonner.
La deuxième chose est que cette force pour pardonner ne peut nous venir que d’une grande communion avec Jésus. Une communion profonde dans la prière et l’amitié spirituelle. C’est en cette communion qu’Il peut changer nos regards et nous permettre de voir les autres comme Dieu les voit. Creuse un sillon de miséricorde dans nos cœurs Seigneur et donne-nous d’aimer comme tu aimes. Amen
Judicaël Mitokpey
23 février 2025